Le Centre culturel d’Uccle en pleine mue

Nommé en 2019, le nouveau directeur du centre culturel d’Uccle, Tristan Bourbouze, vient de lancer sa première “vraie” saison. Il l’a voulue dense et éclectique (théâtre, cirque, musique, humour…). Avec des spectacles belges, mais aussi étrangers, tels que “Je ne serais pas arrivée là, si…” d’Annick Cojean, avec Judith Henry et Julie Gayet qui était à voir ce lundi.

 

“Au moment de ma nomination par la commune d’Uccle, en 2019, j’étais très content, évidemment, car c’est un projet auquel je crois et que j’ai conçu pour ce lieu, sourit, tout en retenue, Tristan Bourbouze, nouveau directeur du centre culturel d’Uccle (CCU). Mais un an plus tard, c’est vrai que je me suis demandé si c’était bien cela que les autorités avaient voulu. J’ai eu de vrais doutes sur l’adéquation de mon projet avec ce que la population uccloise pouvait vouloir attendre.”

 

Jusqu’il y a peu, “le CCU proposait un ou deux spectacles propres par mois tandis que le reste, c’était des locations (comédies, vaudevilles…) venant essentiellement de Paris”. “C’était très chouette, reprend-il, mais ça ne permettait pas de créer une identité propre artistique de ce lieu. Il y avait une grosse fréquentation, mais le public venait un peu par hasard parce que tel artiste ou tel projet passait par là. Le CCU a donc été un peu oublié en tant que lieu. Or, c’est un outil remarquable pour les artistes et les spectateurs”.

 

Français fraîchement débarqué dans cette entité du sud de Bruxelles, Tristan Bourbouze va toutefois poser deux constats, qui vont dissiper ses doutes quant au bien-fondé du renouveau qu’il désire insuffler afin de “faire ré-exister le CCU sur la carte culturelle bruxelloise”. “Tout d’abord, pointe-t-il, Uccle est beaucoup plus complexe que l’image qu’elle renvoie. Certes, il y a une population très riche, mais qui tire les classes moyennes vers le haut. La population s’en trouve donc beaucoup plus mixte . Ensuite, c’est une commune en pleine transformation, avec l’arrivée de nouveaux habitants, des familles notamment, car le cadre de vie correspond aux attentes d’une époque (espaces verts, peu de voitures…).” Second constat, “j’ai eu l’occasion d’assister au CCU à un Misanthrope de Molière qui était remarquable, avec une star, Lambert Wilson. La salle était comble. Le public a adoré. Puis, j’ai vu d’autres soirées où le public était content de ce qu’il voyait, mais où il n’y avait pas beaucoup d’intensité théâtrale. Donc, je suis convaincu que ce public vient voir ce qu’on lui propose, car il a envie de sortir. Mais on peut aussi l’emmener vers d’autres découvertes”.

 

Proposer “des formes attrayantes”

Son projet pour le CCU, Tristan Bourbouze l’a articulé autour d’une double mission : ancrer le CCU comme un lieu singulier de sortie culturelle à Bruxelles et attirer de nouveaux spectateurs, reflétant davantage le brassage de la population uccloise mais aussi bruxelloise. Comment compte-t-il y parvenir ? En proposant “des formes attrayantes” qui puissent séduire le public et, partant, l’encourager à revenir au CCU. “Pour moi, un spectacle doit pouvoir transmettre un élan, estime-t-il. On doit pouvoir en sortir un peu grandi et ce, même lorsque ce sont des thèmes très durs qui sont abordés.” Donc, “les choix que j’ai opérés pour cette première (vraie) saison – ils ont bien mûri et mijoté (après une saison 2020-21 amputée de plus de six mois par le Covid, NdlR) -, c’est avec l’idée d’une certaine gaieté, d’un certain allant, d’une sorte de gai savoir”.

 

En outre, réaffirmer l’identité du CCU doit, à ses yeux, passer par “une certaine gravité, densité” dans la programmation. Qu’il a, dans le même temps, voulu très éclectique : théâtre, musique, danse, cirque, humour, jeune public, cinéma, poésie, magie, exposition… “Je crois beaucoup à la multidisciplinarité parce qu’elle fait venir des publics différents, défend-il. Ces formes ne sont pas étanches : elles se nourrissent artistiquement les unes les autres. Puis, le CCU est formidablement équipé avec un très beau plateau qui permet de faire du cirque, de la danse, de la musique et du théâtre”.

 

Pas (encore) de contrat-programme

Faute de contrat-programme, “le CCU ne bénéficie pas encore de subsides de la Fédération Wallonie-Bruxelles, regrette Tristan Bourbouze. Nous n’avons donc pas de budget pour accompagner des créations. Je ne peux que reprendre des spectacles créés”. Dès lors, pour se démarquer, il a misé sur trois types de spectacles. Primo, “amener des spectacles de l’étranger, qui n’ont encore jamais été montrés en Belgique” tels que Je ne serais pas arrivée là si… d’Annick Cojean, avec Julie Gayet et Judith Henry (lire ci-contre), La Mouche de George Langelaan adapté et mis en scène par Valérie Lesort et Christian Hecq (sociétaire de la Comédie-Française) ou encore Snow Thérapie de Ruben Ostlund, avec, entre autres, Alex Lutz et Julie Depardieu. Secundo, “faire venir des spectacles belges qui ont été très peu vus à Bruxelles”. Enfin, “j’ai sélectionné une série de spectacles qui, selon moi, valent vraiment la peine d’être re-montrés au public ucclois” comme Dimanche des Cies Focus et Chaliwaté, Home de Magrit Coulon, etc.

 

Cette “première” saison sur les rails, Tristan Bourbouze a déjà le regard tourné vers l’avenir. “Je compte postuler pour un contrat-programme en 2023 (date du renouvellement, NdlR). J’ai donc deux ans pour essayer de prouver un modèle, trouver un équilibre économique et de public, et réfléchir au développement futur de ce théâtre pour faire de la place à la création. Là, je vise la saison 2023-24, peut-être, mais, surtout la saison 2024-25.” “Ça va arriver vite, relativise-t-il, parce qu’un programmateur de théâtre vit toujours presque deux ans à l’avance.”