Ah ! Les vacances entre amis ! Sur papier, ça a toujours l’air très sympa. Mais, dans les faits, souvent, ça passe ou… ça casse. Pour ces fêtes de fin d’année, Daniel Hanssens (La Comédie de Bruxelles) nous fait quitter le froid hivernal et la morosité ambiante pour nous emmener au bord d’une crique, quelque part en Méditerranée, en plein été. Trois couples d’amis ont loué une grande villa pour y passer une semaine de vacances, en mode plage, détente et petits restos. Mais le séjour va s’avérer loin d’être idyllique…
Après la truculente comédie policière Espèces menacées du Britannique Ray Cooney l’hiver dernier, Daniel Hanssens renoue, cette année, avec l’humour français en montant l’excellent huis-clos, acerbe et désopilant à souhait, Le béret de la tortue ★★★, de Jean Dell et Gérald Sibleyras. Le duo a le don pour chatouiller, voire grattouiller, là où ça coince, là où ça fait mal − on leur doit aussi Un petit jeu sans conséquence − et ainsi révéler nos petites laideurs et nos viles mesquineries.
Cruel et très drôle
Premier jour des vacances. Chaque couple s’installe dans sa chambre. D’emblée le ton est donné et le public peut directement cerner le profil de chaque personnage. D’abord, il y a Luc (Daniel Hanssens) et Véronique (Christel Pédrinelli). Leur chambre, ou plutôt leur “trou à rats”, ne leur plaît pas ; ils en changeraient bien. Après tout, ils ont payé le même prix que les autres. Ensuite, il y a Alain (Michel Hinderyckx) et Mireille (Catherine Claeys). Si Alain semble calme et détendu, Mireille, elle, veille à l’intendance et à la gestion de “la caisse commune” pour les dépenses de chacun. Enfin, Xavier (Pierre Pigeolet) et Martine (Joséphine de Renesse), style bobo, s’inquiètent de
trouver la meilleure cachette possible pour ranger leur argent liquide.
En apparence, tout ce petit monde donne le change pendant les excursions, les visites, les sorties au resto…, mais, dans l’intimité de la chambre à coucher, les langues (de vipère) se délient, les
critiques fusent, la mauvaise foi et la jalousie se déversent joyeusement. C’est méchant, cruel, mais
très drôle, et surtout, si vrai. Qui n’a, en effet, jamais pris un plaisir malsain à vilipender ses amis ?
Jean Dell et Gérald Sibleyras tissent habilement chaque dialogue entre les couples : peu à peu, subtilement, sur fond de banalités du quotidien, la tension monte et les esprits s’échauffent. Ce qui se disait en aparté déborde, les verrous sautent et les vacances entre amis virent à la foire d’empoigne. “Je vais lui péter la gueule !”, explose Xavier à l’adresse de Luc.
Sur scène, les six interprètes, fidèles complices de La Comédie de Bruxelles, sont toutes et tous impeccables dans leur rôle. La mécanique du rire est parfaitement huilée, mais chaque réplique est maîtrisée et infusée de sincérité. Au point qu’on éprouve une vraie tendresse pour ces amis, pas si éloignés des nôtres.
