Julie Duval – L’Odeur de la guerre

Propos recueillis par Françoise Laeckmann

N’y allons pas par quatre chemins : Le spectacle L’Odeur de la Guerre est phénoménal. Écrit par Julie Duval, comédienne, chroniqueuse sur Canal+ et boxeuse professionnelle, il s’agit d’un récit de vie puissant interprété avec brio par Cécilia Anseeuw. Les deux artistes partagent une même insolence, une rage et une énergie communes.

 

Pendant le confinement, Julie Duval donne des cours de boxe en visioconférence. Très vite, les messages affluent: des femmes lui confient leur mal-être sur les réseaux sociaux. Elle organise alors des cercles de parole, d’où émergent de nombreux récits de violences.

 

De ces témoignages naît L’Odeur de la Guerre. « J’avais besoin d’extérioriser. L’enfermement avait créé beaucoup de frustration. C’est à ce moment-là que je me suis mise à écrire », explique l’artiste-athlète.

 

D’abord centré sur les histoires de femmes, le spectacle s’imprègne peu à peu de son propre vécu. Un traumatisme, suggéré par touches, jamais nommé, qu’elle parvient à dépasser grâce à un entraîneur de boxe thaï, exigeant mais bienveillant.

 

Son avertissement résonne comme un mantra: «Si tu ne te respectes pas, personne ne le fera à ta place.»

 

Debout

Durant le spectacle – que Julie Duval a joué elle-même de nombreuses fois – Les poings sur les i et les crochets du droit pleuvent avec un humour irrésistible, frappant sans distinction tout le petit monde qui a tenté de l’entraver : « Les parents bien sûr, avec la mère obsédée par le qu’en-dira-t-on; le père à la main leste ; les enseignants aux discours ennuyeux ; le professeur de théâtre intello (ndlr : un bijou du genre). Et puis l’entraîneur au bagout mémorable, à qui je dois beaucoup et pour qui j’éprouve une tendresse certaine, sans oublier la copine de classe maniérée et vulgaire ; la prof de collège et même le chien…! »

 

On en oublierait presque que la comédienne Cécilia Anseeuw est seule en scène tant elle s’incarne dans toute cette galerie de personnages. Pour mieux se trouver elle-même au bout du compte. La guerre, ici, se joue dans son corps meurtri. Alors, qu’elle s’attaque à son sac de frappe, à coup de jambes et de poings ou qu’elle tombe à genoux en récitant les vers hugoliens, elle nous renverse et nous entraîne dans une volonté sans faille de rester debout.