Yael Naim, l’invitée d’Entrez sans frapper

Pour son nouvel album “Solaire” par Bénédicte Beauloye

L’artiste franco-israélienne Yaël Naïm pour son nouvel album “Solaire” : “On m’a appris la peur de l’autre, c’est toxique”

 

Plus que quelques jours avant la sortie de “Solaire”, le nouvel album de Yaël Naïm. Un disque surprenant, lumineux et audacieux, qui marque un tournant aussi musical que vocal. Près de vingt ans après l’irrésistible succès de “New Soul”, qui l’avait révélée au grand public en 2007, l’artiste franco-israélienne poursuit une trajectoire singulière, libre des formats et des attentes. Dans “Entrez sans Frapper”, elle confiait sa vision d’elle-même autant que du monde en trauma.

 

Depuis ses débuts, Yaël Naïm compose comme on tient un journal intime. La musique est son langage premier, un espace où elle se révèle, toujours avec pudeur. Avec Solaire, elle franchit une nouvelle étape.

 

À l’approche de la quarantaine, l’artiste dit avoir traversé une remise en question profonde, il devient urgent d’habiter pleinement sa propre voix : “De la même manière que nos molécules corporelles meurent et renaissent en permanence, je pense que notre être profond et notre psychique traversent des évolutions dans la vie, on n’est pas figé. Quelque chose a changé, je ne l’ai pas que maîtrisé, ça s’est imposé. La musique me fait du bien. C’est une manière de digérer ce qui m’arrive, d’évacuer des choses. C’est mon langage“.

 

Yaël Naïm, une fille pas cool ?

Parmi les morceaux les plus marquants figureLa fille pas cool, chanté en français. Un autoportrait en creux, qui égrène tout ce qu’elle pense ne pas être. L’expression d’un sentiment ancien, ancré dans l’enfance, celui d’observer les groupes sans en maîtriser les règles.

 

Cette liste, plus je l’écrivais, je la nommais, plus ça me libérait. Presque à la fin de la chanson, je me demandais : mais moi, je suis quoi ? Je me rends compte que j’aime la force tranquille, m’envoler sans partir, prendre les petites routes. J’aime cultiver le doute, j’aime ce que je suis, malgré ma frustration de ce que je ne suis pas” confie l’artiste.

 

 

Née à Paris, élevée en Israël, installée aujourd’hui en France, Yaël Naïm se méfie des étiquettes. Les langues se mêlent comme les cultures, sans frontière étanche. Créer des ponts plutôt que des murs demeure un fil rouge de son parcours. La musique, chez elle, a toujours été un outil de lien. Lien à soi d’abord, dès l’enfance, puis lien aux autres lorsqu’elle commence à chanter en public.
En tant que jeune Israélienne, la musique m’a donné accès au monde extérieur, la découverte d’autres narratifs, cultures, couleurs et pensées. L’art est un outil très puissant de lien social et de lien psychologique avec nous-mêmes. Je me trouve chanceuse d’avoir ce langage comme outil pour la vie” assure-t-elle.
Le monde en multicolore
Cet élan irrigue aussi son engagement. Militante pour la paix, attentive aux combats écologistes et féministes, elle observe un monde traversé de peurs et de tensions. Sans céder au fatalisme, elle choisit l’action à son échelle, convaincue que les dynamiques collectives naissent d’initiatives individuelles. “Culturellement, à l’école, on m’a appris la peur de l’autre. Quand tu es enfant et que l’on t’apprend ça, c’est très toxique, c’est triste. “L’autre” changeait de forme en fonction de la partie de l’Histoire qu’on nous apprenait. Il y avait toujours cette notion que les autres peuvent un jour se transformer en un danger. Puis je découvre à travers la musique que l’autre, c’est l’inverse. C’est un sujet de curiosité, de désir, de voyage. La musique qui m’ouvre la porte, en me disant qu’il y a un mensonge quelque part. Cela a fait fondre petit à petit cette idée de séparation” argumente Yaël Naïm.
Face aux crispations identitaires et aux violences contemporaines, l’artiste revendique une vision complexe de l’humanité, capable du pire comme du meilleur. Elle cherche ainsi à passer un message pacifique : “Il y a des cycles où notre humanité sombre dans la violence associée au fascisme. Et l’Histoire nous montre qu’ensuite, on se retrouve et on se reconnecte à une partie qui n’a pas peur et qui redevient le meilleur de nous-mêmes. J’ai rencontré des gens qui ont perdu les nombres de leur famille et qui sont devenus, malgré ça, ou peut-être suite à ça, des grands activistes pour la paix parce qu’ils se disent : ça suffit, on ne peut plus s’asseoir et laisser faire. Donc, cette lumière m’attire, personnellement“.

 

L’album Solaire sort le 20 février. Yaël Naïm sera en concert le 9 octobre au Centre culturel d’Uccle.

 

â–º Écoutez ci-dessus l’intégralité de cette interview dans le podcast d’Entrez sans Frapper.